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ALICE NKOM : DE PIONNIERE DU BARREAU A CONSCIENCE DE L'AFRIQUE CENTRALE

Ce mercredi 14 Janvier 2026, Alice Nkom souffle ses 81 bougies. On voudrait la cantonner au statut de monument, de pionnière- la première femme avocate du Cameroun, en 1969. Un hommage bien commode, qui permet de ranger son combat au passé. Sauf qu’Alice Nkom, justement, refuse le passé. Elle est toujours là. Présente, têtue, et plus que jamais docile.

« Mon premier ennemi, c’est l’ignorance »   Alice Nkom

Une carrière née dans la friction

En 1969, intégrer le barreau en tant que femme relevait de l’exploit. Le droit était un club d’hommes, toujours persuadé de leur légitimité. Alice Nkom n’a pas demandé la permission. Elle a pris sa place. Et très vite, elle a choisi ses clients : les perdants d’avance. Les victimes de violences policières, les laissés-pour-compte, les giflé.e.s par le système.

On lui a conseillé de faire profil bas, de prendre des dossiers « présentables ». Elle a fait l’inverse. Par instinct, peut-être. Ou par une compréhension aigue, forgée très tôt, que la justice n’est jamais neutre. Qu’elle sert toujours quelqu’un. Alors, autant qu’elle serve ceux à qui on la refuse.

 

Le tournant de 2003

C’est en 2003 qu’elle fait le choix qui va tout redéfinir. L’homosexualité est criminalisée depuis 1972. La plupart détournent le regard. Pas elle. Elle fonde l’Association de défense des homosexuels du Cameroun (ADEHFO). A l’époque, c’est plus qu’un acte courageux. C’est de la folie, professionnelle et personnelle. Les conséquences ne se font pas attendre. Menaces de mort, campagnes de dénigrement, convocations à la gendarmerie, tentatives de radiation.

En Janvier 2025, à 80 ans, elle est encore convoquée pour des questions de « sureté nationale ». Elle y va, le sourire en coin.

Ses victoires en justice sont des brèches dans un mur répressif : En 2011, elle défend un étudiant, Roger Jean-Claude Mbede, condamné à 3 ans de prison pour l’envoi d’un texto à l’homme qu’il aimait. L’affaire fait grand bruit. Roger Jean-Claude Mbede est libéré en 2012 et devient un symbole de la cause homosexuelle au Cameroun. Il meurt en 2014, Alice Nkom accusant sa famille de l’avoir « laissé crever ».

Elle compte parmi les rares personnalités camerounaises à s’être investie sur le sujet. En 2012, The New Yorker la sacre « Africaine de l’année ».

Un documentaire, Sortir du Nkuta (Sortir du placard), de Céline Metzger, lui est consacré.

 

Une influence qui échappe aux cases

Aujourd’hui elle dépasse le simple rôle de l’avocate. Elle est devenue une conscience, une référence inévitable. Présidente du REDHAC, le réseau de défense des droits humains en Afrique centrale, elle reçoit diplomates et parlementaires internationaux. Elle parle, sans fard et ça dérange.

Ses reconnaissances, elle les accepte, mais sans jamais édulcorer son discours. Elle n’a pas troqué sa radicalité contre un siège honorifique. C’est peut-être ça sa force à 81 ans : elle n’a plus rien à perdre, et cette native de Poutkak, dans la région du Littoral a oublié, depuis longtemps, comment on se tait.

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