LE POUVOIR IVOIRIEN AU FEMININ
Dans le tout premier gouvernement du quatrième mandat du président Alassane Ouattara, formé le 23 janvier 2026, constitué de 34 membres et dirigé par le Premier ministre Robert Beugré Mambé, les plus hauts grades ministériels sont portés par des femmes. Une première qui marque un tournant symbolique et politique : les ministres d’État sont des femmes. À la tête de cette avancée historique, deux figures puissantes du paysage politique ivoirien : Nialé Kaba et Anne Désirée Ouloto. Deux trajectoires différentes, un même point commun : la compétence, la résilience et l’autorité.
Nialé Kaba, l’excellence économique devenue diplomatique
Économiste de haut niveau, Nialé Kaba est l’une des figures féminines les plus respectées de l’appareil d’État ivoirien. Formée à l’Université d’Abidjan-Cocody, à l’ENSAE de Paris et à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle allie rigueur académique et expérience institutionnelle.
Son parcours force l’admiration : enseignante en macroéconomie et statistiques, experte budgétaire à la Primature et haut cadre ministériel pendant plus de deux décennies. Entrée au gouvernement en 2011, elle devient en 2012 la première femme ministre de l’Économie et des Finances de Côte d’Ivoire. Son action est déterminante dans la relance économique post-crise de 2010. Le président Ouattara la qualifiera alors d’« économiste de première classe ».
En janvier 2026, elle franchit une nouvelle étape : ministre d’État, tout en prenant la tête du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Diplomate aguerrie, gouverneure de la BAD pour la Côte d’Ivoire, elle figure également dans le Top 7 des femmes africaines ayant marqué l’année 2025.
Anne Désirée Ouloto, de la salle de classe aux sommets de l’État
Originaire du Cavally, Anne Désirée Ouloto incarne la réussite forgée dans l’adversité. Après des études de droit interrompues par la crise estudiantine de 1990, elle devient institutrice. Rien ne la destinait alors aux plus hautes sphères du pouvoir. Et pourtant. Engagée politiquement au sein du RHDP dès les années 2000, elle gravit méthodiquement les échelons : assistante juridique, chargée d’études, chef de cabinet, députée, porte-parole du président durant la crise post-électorale de 2010-2011.
Ministre depuis 2011, elle a successivement dirigé la Salubrité, la Famille, la Femme et l’Enfant, avant de prendre les rênes de la Fonction publique et de la Modernisation de l’administration en 2023.
En janvier 2026, à 59 ans, elle est propulsée ministre d’État, consacrant un parcours bâti sur le travail, la discipline et une loyauté politique assumée.
Elles sont 7 : les femmes du gouvernement ivoirien
Ce gouvernement ne bouleverse pas encore les équilibres numériques, mais il redéfinit les symboles du pouvoir. Il rappelle que l’autorité n’a pas de genre, que l’expertise féminine n’est plus cantonnée aux marges, et que les femmes peuvent — et doivent — être au sommet des décisions. Dans cette équipe gouvernementale, les femmes occupent des ministères clés :
Mariatou Koné – Éducation nationale et Alphabétisation
Anne Désirée Ouloto – Ministre d’État, Fonction publique et Modernisation de l’Administration
Nialé Kaba – Ministre d’État, Affaires étrangères et Coopération internationale
Nassénéba Touré – Femme, Famille et Enfant
Françoise Remarck – Culture et Francophonie
Belmonde Dogo – Cohésion nationale, Solidarité et Lutte contre la pauvreté
Kandia Camara – Présidente du Sénat, figure centrale du leadership féminin ivoirien
En Côte d’Ivoire, le pouvoir s’écrit aussi au féminin. Et ce n’est plus une exception, mais une trajectoire assumée.