Elles sont nombreuses à gérer le foyer, à faire tourner l’économie informelle, à porter des projets. Et pourtant, dans la sphère financière, les femmes restent largement invisibles. Women In Investment (WIN) veut changer la donne. Fondé par une coalition de femmes expertes en finance, ce programme vise à redonner aux femmes africaines le pouvoir d’investir, de structurer, de capitaliser. Eva Youmbi, cofondatrice de WIN, nous a confié des éléments permettant de voir clair sur les freins invisibles, les méthodes transformatrices, et l’impact systémique d’une vraie éducation financière féminine en Afrique centrale.
Le chiffre est parlant : moins de 10 % des grandes entreprises cotées en Afrique francophone ont une femme à un poste stratégique lié à la finance ou à l’investissement. Un constat d’autant plus frappant que les femmes constituent pourtant plus de 70 % des acteurs de l’économie informelle dans la zone CEMAC. Cette dissonance structurelle, Eva Youmbi la connaît bien. Dirigeante dans les marchés de capitaux et cofondatrice de WIN, elle a fait de cette contradiction le moteur d’un programme innovant : « Former les femmes à la finance, ce n’est pas juste une question de justice. C’est une stratégie économique. »
Women in Investment est né de cette conviction. Dans un monde où l’argent reste encore tabou pour beaucoup de femmes y compris dans leur propre foyer, WIN propose une approche différente : conversationnelle, contextualisée, psychologique et stratégique. Ici, pas de masterclass théorique déconnectée des réalités du terrain. Chaque session est un espace d’activation : de projets concrets, de modèles économiques en gestation, de trajectoires personnelles en recomposition.
« 63 % des femmes que nous avons interrogées en 2024 affirmaient ne pas se sentir prêtes à investir, même avec de la trésorerie disponible », confie Eva.
« C’est un frein psychologique majeur, que nous levons par un accompagnement long et bienveillant. »
Les freins à l’investissement féminin sont multiples : culturels d’abord (l’argent n’est pas un sujet), techniques ensuite (les produits financiers sont peu adaptés), mais aussi profondément intérieurs. D’où l’importance, pour WIN, d’intégrer systématiquement un module de “money mindset” dans ses programmes.
WIN n’est pas seulement un programme de formation. C’est un incubateur d’autonomie. À travers des ateliers en petits groupes, des simulateurs de décision, des études de cas ancrées dans les réalités locales, les femmes déconstruisent leurs croyances, apprennent à planifier, à évaluer, à négocier, à capitaliser. Et surtout, à ne plus s’excuser d’avoir de l’ambition économique.
« Nous voulons faire émerger une nouvelle classe d’entrepreneures capitalisées, prêtes pour la banque, prêtes pour la Bourse. »
L’impact espéré dépasse les seules bénéficiaires. Car une femme formée à la gestion financière devient un levier systémique : meilleure gestion des ressources au foyer, baisse du recours au crédit usurier, structuration d’une vision entrepreneuriale pérenne. Et à l’échelle macroéconomique, l’inclusion financière des femmes pourrait, selon la BAD, augmenter de 4 à 6 points le PIB de la CEMAC d’ici 2030.
WIN incarne un combat qui dépasse les chiffres. C’est celui de la souveraineté financière féminine. Une souveraineté qui ne demande plus à être tolérée, mais à être structurée, légitimée, amplifiée.
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