Promotrice du Salon International de l’Audiovisuel du Cameroun (SINAC), Yolande Bodiong revient sur une troisième édition marquante. Entre expansion continentale, défis logistiques, et vision affirmée du rôle stratégique de l’audiovisuel, elle partage les coulisses d’un événement devenu incontournable… et les ambitions qu’elle porte pour l’avenir.
Le changement est réel. Peut-être lent, mais tangible. Ceux qui ont assisté aux premières éditions ont vu la différence. Cette année, nous avons manqué de place. Nous avons dû refuser des exposants.
Les stands ont gagné en qualité, en scénographie, en professionnalisme. Cela montre que les gens prennent le salon au sérieux. Le SINAC est devenu un véritable rendez-vous, et le Cameroun est désormais inscrit sur la carte des grands salons audiovisuels.
Nous avons aussi reçu de nombreuses réservations pour l’année prochaine, juste après la clôture. C’est une belle pression. Mais au-delà de l’affluence, ce que je retiens le plus, c’est la synergie entre les médias camerounais. Nous avons travaillé ensemble en amont, dans un esprit de communion, pour faire exister cet événement.
Aujourd’hui, nous savons que ce n’est pas à l’État de penser à notre place. C’est à nous, les professionnels, de formuler les besoins et de proposer des solutions.
Oui, énormément. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est le stand Échos des écoles, porté par un enseignant et ses élèves. J’ai été profondément touchée. Je me suis dit : on n’a plus le droit de s’arrêter.
Nous ne travaillons pas pour nous-mêmes. Nous travaillons pour la jeunesse, pour leur montrer qu’un autre audiovisuel est possible. Un audiovisuel qui éduque, sensibilise, informe, divertit.
Et puis, il y a la confiance des institutions, des sponsors, des médias partenaires. Et enfin, l’impact régional : le Niger, le Mali, le Burkina, le Sénégal… tous nous regardent, s’inspirent. Cela crée une dynamique qui nous oblige à aller plus loin.
Le SINAC est porté par une femme dans un univers encore très masculin. Quels ont été les plus grands défis liés à votre posture ?
Je ne me définis pas comme une femme entrepreneure. Je suis entrepreneure, point. Si on veut ajouter un “e”, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave. Les difficultés sont les mêmes pour tous, hommes ou femmes. La seule différence, c’est biologique.
Mais culturellement, les femmes ont été enfermées dans des stéréotypes : faibles, moins intelligentes, moins résistantes. Et pourtant, si je suis là aujourd’hui, ce n’est pas parce que je suis une femme, c’est parce que je suis compétente, parce que j’ai une vision et que je m’entoure de personnes professionnelles.
Convaincre des invités de marque de venir sans rémunération, c’est un exercice de crédibilité. Ils viennent, parce qu’ils croient en ce que nous bâtissons.
Il y a aussi eu des défis liés au choix des dates. En juin, on a été freinés par la pluie. En mai, c’était mieux. Désormais, nous visons avril, plus stable, et moins encombré sur le plan international.
Enfin, il y a les défis logistiques : sécurité, accueil, hébergement, gestion du site… tout cela avec une équipe de 15 personnes seulement, mais engagées. Et bien sûr, le défi financier : aucun annonceur cette année, un soutien partiel de l’État. Je sors endettée, mais fière.
Un rôle fondamental. L’Amérique a imposé ses héros par le cinéma. L’Afrique a aussi ses héros, ses récits. Et le Cameroun est un berceau de richesse culturelle.
L’audiovisuel est un outil de transmission, d’identité, de transformation. Il peut changer les mentalités, faire rayonner nos cultures, et éduquer les jeunes générations.
Mais pour cela, il faut structurer le secteur. Que les producteurs sachent quoi produire, pour qui, et comment vendre. Que les entreprises audiovisuelles vivent réellement de la publicité, et non de la mendicité.
Cela suppose une régulation des prix publicitaires, des délais de paiement, une uniformisation de la facturation. Aujourd’hui, des sponsors mettent 3, 4, 6 mois à payer. Cela détruit les structures. Il faut une réforme collective.
Je rêve que dans trois à cinq ans, on ait construit un village audiovisuel pour accueillir le salon. Que des professionnels du monde entier réservent six mois à l’avance pour venir au Cameroun.
Je veux que le Cameroun devienne la destination audiovisuelle de référence en Afrique. Que les producteurs sachent ce qu’attendent les diffuseurs. Qu’ils trouvent des acheteurs, que les contenus soient conformes, puissants et diffusés.
Je veux que nos télévisions évoluent : décors modernisés, contenu revalorisé, exigences du public renforcées. Et que tous les acteurs soient en règle, avec les autorisations officielles.
Nous devons imposer notre style, notre contenu, notre vision. Et que l’Afrique regarde vers le Cameroun, comme un modèle audiovisuel crédible.
Pas cette année. Certains sont venus observer, sans croire réellement au projet. Mais maintenant que c’est une réussite, les tarifs vont évoluer. Un salon comme celui-ci coûte environ 300 millions FCFA.
Nous devons gérer les billets d’avion, l’hébergement, la sécurité, la location du site pour plusieurs semaines… c’est un investissement massif.
J’espère que pour les prochaines éditions, l’État augmentera son enveloppe, et que les annonceurs comprendront enfin l’impact stratégique de ce salon pour le pays.
L’audiovisuel n’est pas un simple business. Il faut d’abord en comprendre la mission : éduquer, divertir, transmettre, structurer une nation.
Nous devons réussir à nous organiser collectivement. L’audiovisuel doit vivre de la publicité, mais cela demande une vraie régulation : des tarifs clairs, une transparence sur les paiements, un respect mutuel entre diffuseurs et sponsors.
Et surtout, il faut sortir des batailles inutiles. Travaillons ensemble, structurons ce secteur, donnons-lui de la valeur. Que l’on soit respectés, régulés et écoutés.
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